e-Estonie, le premier e-pays

par | 19 janvier 2021 | Économie

Avec l’e-Estonie, devenez l’e-citoyen de l’un des pays les plus connectés de la planète

L’Estonie, qui compte à ce jour près d’1,3 millions d’habitants, visait lors du lancement de son programme e-Residency un objectif ambitieux : 10 millions d’e-résidents à l’horizon 2025.

Quelques années plus tard, le succès est au rendez-vous mais quelque peu mitigé tout de même : à fin 2018, seules environ 30 000 personnes avaient fait la demande d’e-citoyenneté, même si une accélération semblait se profiler.

Retour sur le principe et les avantages à retirer de ce concept à la pointe de la modernité.

Devenir e-estonien, kesako ?

L’idée semble amusante, et pourquoi pas ?

Se voir accorder une identité numérique, juste parce qu’on la demande, et bénéficier des avantages d’un autre pays : présenté de la sorte, on se demande pourquoi le reste du monde n’est pas déjà entièrement e-estonien.

Le programme e-Residency a été créé dans ce but : faire rayonner la réputation connectée du pays.

Voyons d’abord la procédure d’accès à l’e-citoyenneté, désarmante de simplicité.

Un passeport à présenter, quelques formulaires à remplir suffisent pour recevoir trois à quatre semaines plus tard une réponse et aller retirer la carte d’identité numérique.

Le coût de l’opération oscille autour de 130 euros.

Sachez qu’avant de vous voir délivrer ce graal numérique, le département estonien « Police and boarder guard » vérifiera que votre casier judiciaire est vierge, et notamment que vous n’êtes pas connu pour des faits de terrorisme ou de blanchiment d’argent.

Les conséquences de l’obtention sont principalement liées aux démarches administratives et à l’économie. Sans offrir la nationalité estonienne, la carte d’identité numérique permet d’apposer sa signature numérique sur nombre de documents importants afin d’engager des contrats, de réaliser des virements bancaires, etc.

Avec la possibilité donc, de créer une société au sein de l’espace économique estonien et d’accéder à certains avantages fiscaux recherchés, nous y reviendrons.

Un modèle de parcours de numérisation

Etonné(e) ?

Lorsque l’on parle de tout numérique et d’avancée majeure dans la dématérialisation (en général), on ne s’attend pas forcément à observer l’Estonie accéder au podium – voire même ravir la première place. Et pourtant !

Dans ce pays où un habitant sur deux ne possédait pas de ligne fixe en 1991, l’ascension technologique a été pour le moins fulgurante.

Dès 2002, un wifi performant couvre la majorité des zones densément peuplées.

Le vote en ligne apparaît cinq ans plus tard, et 95% des estoniens paient leurs impôts de manière dématérialisée aujourd’hui.

Il était donc tout naturel que l’Estonie donne naissance au pays le plus numérique du monde, porté par une administration déterminée à en faire un exemple à suivre.

La preuve en est que le codage est enseigné dès la primaire dans les écoles estoniennes, et que la quasi-totalité des services publics sont dématérialisés.

Depuis sa naissance le 1er décembre 2014, l’e-Estonie a déjà conquis le cœur de natifs de 167 pays différents, Finlande en tête : 15% des e-estoniens sont finlandais, en raison de la proximité géographique des capitales des deux pays.

Les finlandais peuvent ainsi organiser leurs affaires transfrontalières de manière optimisée.

Et il n’y a pas qu’eux !

Pourquoi l’e-Estonie fait des émules ?

Essentiellement en raison de l’aboutissement premier permis par les demandes faites : la possibilité de créer une société estonienne en quelques démarches simples, et de la gérer depuis n’importe quel point du globe.

Car évidemment, toutes les démarches ultérieures avec les autorités du pays sont dématérialisées.

Il n’est même plus besoin d’ouvrir un compte bancaire en Estonie, un compte international de n’importe quel pays suffit, même si le passage par une fintech locale pourra simplifier bien des transactions.

Seule une adresse physique est requise, et des sociétés spécialisées se sont développées pour offrir un service de boite aux lettres pour une bouchée de pain.

A noter que l’e-citoyenneté n’offre pas le droit de s’installer en Estonie, mais que cela devient possible après la création d’une entreprise.

Fiscalement, les entrepreneurs trouvent un terrain très favorable à leur développement : des dividendes faiblement taxés (14%) voire pas du tout s’ils sont destinés à des étrangers, des bénéfices non imposables s’ils sont réinvestis dans l’entreprise, avec en outre des déclarations simplifiées.

Nous évoquions les finlandais qui ont trouvé là une opportunité intéressante, mais il est d’autres citoyens européens pour lesquels les perspectives de ce statut sont énormes.

Si la Russie et l’Ukraine sont d’autres clients logiques du principe, les anglais y trouvent pour leur part un moyen de conserver un pied au sein de l’Europe par le biais d’une société estonienne et de bénéficier ainsi de certaines législations leur étant favorables, qu’elles soient estoniennes ou européennes.

L’accord sur le brexit enfin conclu, on peut imaginer que le Royaume-Uni figurera en 2021 parmi les premiers au palmarès des demandeurs d’e-citoyenneté estonienne. A suivre !

e-Citoyenneté

L’Estonie ouvre la voie à une e-citoyenneté qui sera peut-être dupliquée dans les années à venir dans d’autres pays.

Le pays continue à peaufiner son projet par des évolutions majeures : des crypto-jetons estoniens sont à l’étude, de même qu’un fonds de capital-risque permettant à chaque e-résident de voter et d’investir son argent sur les projets proposés.

La seule chose à faire hors de son bureau pour ce nouveau modèle, est de devoir se déplacer en personne à Tallinn ou dans une ambassade estonienne afin d’y récupérer sa carte d’identité d’e-résident.